Ce qui vous empêche de lâcher prise

Cet article fait partie de la série « Soigne-toi » et se décline sous deux formats: audio et écrit

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Face aux difficultés que vous rencontrez au quotidien, face aux problèmes dont la solution ne dépend pas de vous, vous vous êtes surement déjà dit :

  • « Il faut que je lâche prise »
  • « Je dois arrêter de penser à cela, ça ne sert à rien »
  • « Je devrais lâcher prise pour aller mieux »

Dans cet épisode, nous allons revenir sur cette notion de « lâcher prise ».

Nous aborderons plus précisément les points suivants :

  • Est-il réellement possible de lâcher prise face à des symptômes si forts qu’ils envahissent tout votre espace mental ?
  • Pourquoi tant de résistance face au lâcher prise ?
  • Le lâcher prise, tel qu’on nous le présente en général, peut-il avoir un impact sur votre santé et votre bien être ? A quelles conditions ?
  • Comment réellement lâcher prise ou plutôt comment le faire de manière efficace ?


Sommaire



Lâcher prise : une question de volonté ?


Face aux difficultés liées au fait de vivre avec une maladie, face aux  symptômes et restrictions physiques, face à l’impossibilité de changer ce que vous vivez et ressentez, le lâcher prise semble quelquefois être la meilleure option.

Cependant, vous avez dû l’expérimenter, lâcher prise ne se fait pas sur commande. Vous avez beau vous dire : « Il faut que je lâche prise », ce n’est pas pour autant que vous réussirez à le faire. Vous ne pouvez ni contrôler vos pensées, ni vos réactions biochimiques et encore moins lâcher prise à la simple force de la volonté. C’est d’ailleurs totalement antinomique mais, pour autant, c’est ce que l’on essaie de faire la plupart du temps.

Lâcher prise = un saut dans l’inconnu


Quand je pense « lâcher prise », une image me vient en tête qui résume bien la problématique posée par ce concept.

Il me vient la vision d’une personne accrochée au bord d’une falaise, les pieds dans le vide, à qui quelqu’un, confortablement installé sur le rebord, ne courant lui aucun danger, dirait tranquillement : « Mais lâche prise, tu verras ça ira mieux après».

Certes, être suspendu ainsi dans le vide, sans possibilité de remonter sur la terre ferme pour se remettre en sécurité est extrêmement angoissant, épuisant, douloureux et inconfortable au possible … Cependant, quand on vit avec une maladie chronique, cet inconfort est malheureusement également familier. Cela fait partie du quotidien.

En demandant de lâcher prise, c’est-à-dire d’abandonner du connu pour de l’inconnu, on demande à la personne de prendre un risque supplémentaire, de chambouler sa routine sans aucune garantie que ceci soit bénéfique, voire pire, avec le risque qu’elle se détériore.

En vous jetant dans le vide sans savoir si, en bas, vous allez être en sécurité ou vous écraser, aller mieux ou empirer une situation déjà très difficile à vivre, on vous propose une situation très inconfortable. En effet, l’objectif d’une personne malade est de retrouver la santé ou au minimum d’aller mieux. Dans cette optique, à quoi bon lâcher la falaise sans savoir ce qui se passera et si on aura la possibilité ou non de rejoindre de nouveau cet ami ou si on sera obligé de se résigner à vivre au pied de la falaise toute sa vie et faire une croix sur la vie d’« avant ».

Dans ce cadre, tenir bon parait une option beaucoup plus sécure que le lâcher prise (tout du moins pour le cerveau). Ceci explique que face au « lâcher prise » s’oppose de nombreuses résistances,  pour la plupart automatique et hors de contrôle.

Lâcher prise: Acte de résignation ou d’acceptation?


Une raison supplémentaire vous poussant à ne pas « lâcher prise » réside dans le fait que le lâcher prise, tel qu’on nous le présente, équivaut quelquefois à une forme d’abdication. En effet, souvent ce concept ressemble plus à de la résignation face à une situation tellement difficile, incontrôlable et épuisante qu’on décide de se laisser couler et de ne plus rien mettre en place pour la changer.

Souvent on lâche prise, non pas pour mieux vivre l’instant présent, mais plus par défaut, par résignation face à ce qui nous dépasse et que l’on subit sans rien pouvoir y changer comme la maladie.

Souvent, nous lâchons prise car nous n’avons plus la force de faire autrement. Cependant, ceci peut être dangereux et délétère pour la santé car cela peut renforcer fortement les sentiments d’impuissance et de désespoir face à ce que l’on vit.

Le lâcher prise: une stratégie pour aller mieux ?


Un autre problème rencontré avec ce concept est qu’il est souvent utilisé en tant que stratégie.

Souvent le lâcher prise va être utilisé comme un outil, une action (ou plutôt une non action) dont on attend un résultat : celui d’aller mieux ou, tout du moins, de retrouver une certaine sérénité intérieure à défaut d’aller mieux physiquement.

Cependant, si je reviens sur ma métaphore, penser ainsi revient à se jeter dans le vide en en attendant un résultat : celui de nous mettre en sécurité ou de résoudre un problème spécifique.

De ce fait, si la solution n’arrive pas (ce qui a peu de chance d’arriver si vous vous contentez de sauter dans le vide et d’attendre), nous retombons dans les mêmes problématiques, voire en ajoutons de nouvelles. En effet, c’est le comble mais, souvent, nous nous blâmons voire nous culpabilisons de ne pas réussir à lâcher prise.

Le problème du « lâcher prise »


Comme évoqué précédemment, ce concept se heurte, selon moi, à deux problématiques principalement liées à la manière dont nous l’utilisons en général:

  • Soit nous lâchons prise parce que nous n’en pouvons plus et cela renforce les sentiments de résignation, d’impuissance, de fragilité, d’insécurité voire faire le lit d’angoisses et d’état dépressif
  • Ou alors cela risque de  renforcer l’idée que si nous sommes malades c’est parce que nous n’avons pas su faire les bons choix, n’avons pas eu assez de volonté ou pas assez travaillé sur nous puisque cette méthode de lâcher prise ne fonctionne pas sur nous ou nous n’arrivons pas à la mettre ne place.

Cependant, ce qu’il faut savoir, c’est que nous ne sommes pas conçus en tant qu’être humain pour lâcher prise. Notre cerveau n’est pas conçu pour cela.

Pourquoi est-il si difficile de réellement lâcher prise ?


En tant qu’être humain, notre système nerveux est conçu pour nous permettre d’évoluer tout en nous adaptant au contexte et à l’environnement. Et ceci implique que la mission première de notre cerveau, bien avant de se soucier de notre bien être, de notre épanouissement, d’atteindre nos objectifs … est de nous maintenir en vie et en sécurité.

Et que nous propose ce concept de « lâcher prise » : de nous fondre encore plus dans l’incertitude, de vivre l’instant présent tel qu’il se présente… Il est donc normal que nous résistions à cela puisque tout ceci est perçu, par notre cerveau, comme menaçant.

Lui qui cherche en permanence à nous garantir un socle de sécurité minimum, et est conçu pour anticiper tous les scénarios possibles, résiste logiquement à lâcher prise. Nous ne sommes pas conçus pour cela. Lâcher prise et se laisser porter par les circonstances, c’est prendre un risque que notre cerveau est rarement prêt à prendre. De ce fait, se contenter d’essayer de lâcher prise, pour mieux vivre dans l’instant présent, est voué à l’échec.

Alors comment faire pour réellement lâcher prise ? Ou, plus précisément, comment ressentir les bénéfices attendus du lâcher prise en ne lâchant pas forcement prise justement?

Ci-dessous, je vous donne 3 pistes, 3 étapes, pour essayer de contourner cette notion de lâcher prise telle qu’on l’entend habituellement et pour utiliser ce concept de « lâcher prise » de manière différente et plus efficace.

Qu’attendez-vous réellement du « lâcher prise »


Repartons à l’essence des choses, à ce qui vous amène à cette injonction de « lâcher prise ». Ce qui vous pousse à vouloir « lâcher prise », c’est un besoin. Un besoin qui s’exprime, souhaite être satisfait et vous pousse à chercher une solution pour le combler. Dans ce cadre, le « lâcher prise » est identifié comme un outil permettant potentiellement de combler ce besoin. Les besoins peuvent être très différents en fonction de chacun.

Quelques exemples de besoins

  •  « J’ai besoin d’être plus en paix, plus serein face à ce que je vis »
  • « J‘ai besoin de calme »
  • « J’ai besoin de clarté mentale »
  • « J’ai besoin d’avancer et de penser à autre chose que la maladie »
  • « J’ai besoin de retrouver une vie qui a du sens à mes yeux »
  • « J’ai besoin de me sentir en sécurité »
  • « J’ai besoin d’arrêter de me forcer, de me battre pour faire les taches du quotidien »

Face à l’expression de ces besoins, si vous vous contentez de seulement « lâcher prise », c’est-à-dire de vous laisser porter par les évènements tels qu’ils se présentent, ceci ne va pas vous permettra pas  forcément de satisfaire vos besoins.

En réalité, la priorité est de vous centrer sur vos besoins, de les nommer et les identifier clairement dans l’instant présent, et de trouver ce qui permettrait de refaire de l’espace en vous, de conserver de l’énergie pour satisfaire ce besoin. L’important étant, en partant de vous et de ce qui vous compose dans votre intégralité et votre unicité, d’identifier quelles actions, quels choix, vous pouvez faire pour vous soutenir et répondre à ce besoin.

Après avoir fait cette démarche d’introspection, peut être identifierez-vous que le fait de « lâcher prise » est le meilleur choix à faire dans l’instant présent. Mais, peut être que cette option vous apparaitra finalement comme inadaptée à satisfaire vos besoins. Il est même possible que vous vous rendiez compte que ce n’est pas de lâcher prise dont vous avez besoin mais juste de vous octroyer temporairement la permission de souffler sans pour autant vous résigner.

La première chose est donc d’identifier votre (ou vos) réels besoins.

Acceptation et non lâcher-prise


La deuxième chose pour que ce « lâcher prise » soit efficace est, qu’au lieu d’envisager ce lâcher prise dans l’absolu, d’accepter ce sur quoi vous n’avez pas de contrôle dans l’instant, de circonstancier ce « lâcher prise » à un moment et à une situation spécifique. D’avoir conscience que les circonstances changent tout le temps et qu’il ne sert à rien de toujours agir de la même façon et de chercher à toujours tout contrôler.

De ce fait, accepter ce qui n’est pas sous votre contrôle dans l’instant est bien plus efficace que de « lâcher prise ». En effet, dans l’acceptation on ne lâche pas prise sur tout. On accepte ce qui, dans l’instant, n’est pas sous notre portée, tout en mettant en place des actions nous permettant de nous aider et de nous soutenir.  Accepter ce qui n’est pas sous notre contrôle dans l’instant et faire des choix en accord avec qui nous sommes, est la condition première pour qu’une démarche de « lâcher prise » soit réellement efficace.

Pour cela, vous pouvez vous poser les questions suivantes :

  • « Comment puis-je fonctionner différemment ? Que puis-je faire au lieu de toujours chercher une solution face à ce qui est hors de mon contrôle? »
  • «Aussi difficile soit le moment présent, comment puis-je me permettre de vivre cela? »
  • « Qu’est ce qui m’aiderait à mieux vivre, à accepter cette situation vécue dans l’instant ?»
  • « Comment être plus en paix avec la situation ? »
  • « Comment me sentir soulagé, voire idéalement sécure et en paix, face à ce que je vis ? »

La nécessité de donner la direction


Se contenter de lâcher prise, sans rien mettre en place en parallèle, revient à cela:

Imaginez-vous: vous êtes à bord d’un bateau. Vous subissez une énorme tempête. Il va de soi que, durant la tempête, vous ne pouvez rien faire. Vous devez vous contenter d’attendre qu’elle passe. Vous ne contrôlez pas la tempête. Et si vous cherchez à vouloir à tout prix maintenir le cap pour amener votre bateau à bon port, vous ne ferez que vous épuiser puisque la tempête est bien plus forte que vous.

Cependant, une fois la tempête passée et la mer redevenue calme, vous reprenez la barre et vous remettez aux commandes pour que votre bateau prenne de nouveau la bonne direction.

Même si vous savez qu’une nouvelle tempête s’annonce pour bientôt, il ne vous viendrait pas à l’idée de continuer à ne rien faire et d’espérer que votre bateau arrive tout de même à destination.

Pourtant en lâchant prise sur tout, c’est ce que vous faites.

C’est d’ailleurs un phénomène qui porte un nom. En psychologie on appelle cela de la résignation acquise ou apprise. C’est à dire qu’à force d’avoir essuyé des tempêtes face auxquelles nous étions impuissants, nous nous résignons et décidons de ne plus de rien mettre en place, persuadé qu’une autre tempête va de toute façon tout ravager.

Nous nous résignons à être impuissant face à la maladie et à ne rien pouvoir faire pour aller mieux. Nous nous résignons au fait que nous irons toujours mal, que nous ne pouvons pas nous aider. Nous n’essayons même plus, nous ne tentons plus rien.

Faire les bons choix au lieu de « lâcher prise« 


Face aux difficultés, dans l’instant présent, la meilleure façon de lâcher prise est bien d’accepter que, durant la tempête, nous n’avons pas de contrôle sur ce qui se passe, que nos options de choix sont limités.

Cependant, en parallèle, il est primordial de se demander :

  • « Qu’est-ce que je vais mettre en place en dehors de ces moments de tempête pour m’aider et m’accompagner ? »
  •  « Sur quoi ai-je encore du contrôle ?»

En revoyant ainsi notre point de focalisation, en allouant nos capacités de concentration sur des choses qui peuvent nous aider, nous soutenir, l’incertitude se réduit dans notre cerveau et la situation est perçue comme moins menaçante. Ainsi, il est plus facile de se sentir en sécurité puisqu’en paix avec la situation malgré les difficultés, ce qui permet de conserver de l’espace en nous pour traiter celles-ci.

Si au lieu de lâcher prise, vous apprenez à laisser passer ce qui est hors de votre contrôle, si vous vous décentrez de la situation pour visualiser les choix qui s’offrent à vous, ceci sera plus efficace pour votre santé. Choisir des actions qui peuvent vous aider, vous soutenir, vous permettre de vous sentir plus en paix et en sécurité devient à ce moment-là une véritable démarche de lâcher prise utile pour votre mieux être. 

Résumé #14


  • Arrêter d’utiliser le lâcher prise comme un outil, une stratégie pour aller mieux : c’est souvent voué à l’échec.

  • Au lieu de lâcher prise sur tout, ce qui va renforcer votre sentiment d’impuissance car vous n’êtes pas conçu, en tant qu’être humain, pour lâcher prise,  apprenez plutôt à identifier vos besoins dans l’instant.

  • De la même façon, petit à petit, apprenez à prendre du recul dans le moment présent sur ce que vous vivez pour visualiser les choix qui s’offrent à vous.

  • Pour réellement lâcher prise, apprenez plutôt à laisser passer ce sur quoi vous n’avez pas de contrôle, définissez vos besoins et faites le choix le plus aidant pour vous dans le moment présent.

Podcast #14


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* « Soigne-toi #11 – Guérir: une question de volonté ? »: 2ème épisode centré sur le guérison corps-esprit: *Article: cliquez ici  *Podcast: cliquez ici

* « Soigne-toi #12 – Travailler sur soi: est-ce utile? »: 3ème épisode centré sur le guérison corps-esprit : *Article: cliquez ici *Podcast: cliquez ici

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