Un nouvel espoir pour soigner les maladies chroniques grâce à la neuroplasticité

Et si l’on pouvait vivre avec une maladie chronique sans qu’elle impacte notre qualité de vie ?

Cela vous semble impossible voir utopiste ?

Pourtant, grâce aux travaux de différents chercheurs en neurosciences, physiopathologie, épigénétique et psychologie;  de nouvelles connaissances et protocoles thérapeutiques ébranlent la vision mécaniste déterministe de la médecine actuelle concernant les maladies chroniques.

En effet, en exploitant les capacités neuroplastiques de notre cerveau, il serait possible d’atténuer, et même dans certains cas de stopper, le processus dégénératif de certaines pathologies. Encore plus extraordinaire, nous pourrions guérir de certaines conditions physiques réputées «inguérissables ».

De telles données vont à l’encontre du consensus diffusé par le monde médical sur l’évolution et la prise en charge actuelle des pathologies chroniques.

Comment agir sur le cerveau peut guérir le corps? C’est ce que je vous explique dans cet article.



Sommaire



Préambule


Cet article s’inscrit le cadre d’une série d’articles consacrés aux recherches révolutionnant la conception et la prise en charge des maladies chroniques.

Même si chaque article peut se lire de façon séparée et distincte, pour une meilleure compréhension, je vous recommande de lire les 2 précédents articles:

En complémentarité des recherches de Robert NAVIAUX évoquées dans les précédents articles, des chercheurs et thérapeutes œuvrant dans des domaines diversifiés révolutionnent actuellement la compréhension des mécanismes sous tendant les maladies chroniques et leurs prises en charge.

En osant sortir des théories classiques, et en partant du postulat que le corps possède la capacité de se guérir lui-même, différents chercheurs expérimentent des protocoles thérapeutiques basés sur la capacité du cerveau à se reconfigurer perpétuellement pour soigner des pathologies ou déficiences purement physiques.

Comment ? Grâce à la neuroplasticité.

Qu’est que la neuroplasticité ?


Jusqu’à il y a peu, le consensus scientifique prônait que le cerveau était une structure immuable où chaque zone cérébrale était allouée à une fonction bien définie et dont la perte ou le déficit avait pour conséquence d’être définitif.

Avec cette optique, le cerveau est considéré comme une machine. Si une pièce s’avère défectueuse ou se casse et qu’on ne peut ni la réparer ni la changer, la fonction liée à cette pièce est irrécupérable, définitivement perdue.

C’est ainsi que l’on considérait le cerveau jusqu’il y a encore une dizaine d’année: une fois une zone affectée, vous perdiez les capacités cognitives ou physiques afférentes à cette zone et ce jusqu’à la fin de votre vie.

Malgré des recherches attestant de la capacité du cerveau à se reconfigurer suite à un trauma (et donc de se guérir lui-même en mobilisant de nouveaux réseaux cérébraux), le monde médical réfutait fermement cette possibilité.

« Les révolutions prennent du temps à s’imposer et celle-ci est un vrai bouleversement : elle contraint la médecine à revoir entièrement son approche de la compréhension des maladies à l’usage des médicaments. »

Norman DOIDGE

Ce n’est que récemment que la communauté scientifique a admis son erreur et reconnu que le cerveau était bien plastique.

Non seulement nous continuons à produire de nouveaux neurones et cellules tout au long de notre vie, mais nos connexions cérébrales peuvent se reconfigurer et se recabler à tous âges. Ce phénomène se nomme la neuroplasticité.

L’impact de cette formidable découverte permet, non seulement, d’envisager la possibilité de compenser un déficit ou handicap cérébral suite à une lésion même importante, mais également de soigner des problèmes de santé chroniques (pour peu que l’on effectue des exercices adaptés pour mobiliser la neuroplasticité de façon optimale).

Utiliser la neuroplasticité pour guérir


Dans cette quête pour faire reconnaitre cette vérité scientifique longtemps niée, Norman DOIDGE, un psychiatre et enseignant chercheur à l’université de Columbia à New York, fait office de pionnier avec deux livres très denses sur le sujet à son actif.

En effet, après avoir porté à la connaissance du grand public l’existence de la neuroplasticité en 2007 grâce au livre et au documentaire du même nom: « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau » , il a écrit en 2015 un second ouvrage basé sur les protocoles thérapeutiques permettant de « Guérir grâce à la neuroplasticité ».

Norman DOIDGE a effectué un travail de recherche extrêmement poussé et documenté pour faire connaitre au grand public des chercheurs novateurs. Pour cela, il a rencontré des patients ayant récupéré et/ou guéri de conditions physiques et de pathologies très diversifiées (et ne prenant pas forcement source dans le cerveau) grâce à des techniques basées sur la neuroplasticité.

Quels types de pathologies, problèmes de santé peuvent bénéficier des techniques neuroplastiques?


On pourrait penser que les bénéfices de protocoles basés sur le neuroplasticité sont essentiellement liés aux pathologies affectant ou lésant certaines fonctions cérébrales. Ce n’est pas le cas.

Ainsi, dans son dernier livre, Norman DOIDGE nous explique plus en détails comment des techniques neuroplastiques ont guéri des patients atteints de douleurs chroniques qu’aucun médicament ne réussissait à atténuer, permis à un patient souffrant de la maladie de Parkinson de conserver sa mobilité totale sans prendre de médication, à des patients atteints de sclérose en plaque de recouvrer des capacités perdues depuis des décennies ou encore d’améliorer de façon extraordinaire les possibilités et capacités d’enfants ou d’adultes diagnostiqués avec des troubles de l’attention ou des troubles dys…

Ceci n’est qu’un minuscule échantillon des guérissons remarquables citées dans son dernier ouvrage.

Sans être exhaustif, des patients atteints des pathologies ou handicaps suivants ont pu bénéficier d’effets grandement positifs sur leur santé (que ce soit des améliorations spectaculaires de leur état ou même des guérisons) :

  • Maladies dégénératives : SEP, Parkinson…
  • Troubles cérébraux et lésions suite à de graves traumatismes crâniens, commotions cérébrales, AVC…
  • Pertes fonctionnelles sensorielles: troubles de l’équilibre, perte de la vue, perte auditive..
  • Syndromes médicalement inexpliqués : syndrome de fatigue chronique, fibromyalgie…
  • Diverses pathologies telles que syndrome de tachycardie posturale, intolérances alimentaires, réactions allergiques à la moisissure…
  • Hypersensibilité sensorielle
  • Troubles anxieux, troubles obsessionnels compulsifs, dépression

Le cerveau qui guérit le corps ?


Si l’on ne connait pas les processus en œuvre, on peut s’étonner que soigner le cerveau permette de guérir le corps. Pourtant rien de magique en cela. Bien que l’on ait tendance à scinder les deux : n’oublions pas que le cerveau fait partie intégrante du corps humain.

Une des fonctions du cerveau est d’être le principal organe du système nerveux. Bien que les ramifications du système nerveux s’étendent dans le corps entier, elles prennent source dans le cerveau et régulent ainsi de manière systémique l’ensemble du corps. De ce fait, agir à son niveau entraîne une cascade de réactions biochimiques dans tout le corps.

“Grâce à sa plasticité, notre cerveau peut nous soigner”

Norman DOIDGE

Pour comprendre plus en détail comment la neuroplasticité permet de guérir de pathologies physiques, il faut tout d’abord avoir connaissance des processus neuraux en jeu permettant au corps de s’autoréguler et de maintenir son équilibre en santé.

Les mécanismes à la base de la régulation des fonctions corporelles 


La survie de l’homme passe par son adaptation à son environnement. Nos corps sont donc conçus pour répondre à cet impératif. C’est principalement le rôle d’une des parties de notre cerveau située dans le tronc cérébral. Ce cerveau, désigné souvent sous le nom de « cerveau reptilien », est la partie la plus ancienne de notre cerveau. Il est, entre autre, en charge de nos réflexes archaïques et de la régulation des fonctions corporelles – pour simplifier de la survie de notre organisme.

Il passe son temps à scanner les différents paramètres environnementaux externes c’est-à-dire relatifs aux conditions environnementales dans lesquelles nous évoluons (température, danger imminent…) pour permettre à notre physiologie de survivre au regard du contexte et d’échapper à toutes menaces potentielles.

En parallèle, il évalue notre état interne (état des organes, des tissus…) pour détecter toutes fluctuations et adapte en permanence l’ensemble des fonctions corporelles avec, pour objectif, de les optimiser et de favoriser ainsi la santé et la croissance.

Tous ces phénomènes d’autorégulation s’effectuent de manière totalement automatique. Cerveau et corps sont pour cela en communication constante; ceci grâce à une partie de notre système nerveux plus spécifiquement en charge de l’homéostasie: le système nerveux autonome (SNA). C’est grâce à lui que notre cœur fonctionne de manière relativement stable et adaptée, que nous respirons, digérons, expulsons les toxines de nos corps, régulons notre température, notre pression artérielle….

Comment fonctionne le système nerveux autonome ?


Pour mener à bien cette tâche, le SNA s’appuie sur deux branches : le système nerveux parasympathique et le système nerveux sympathique.

Mais contrairement à ce que l’on peut encore lire dans certains manuels de physiologie, ces deux systèmes ne sont pas forcément antagonistes et leur fonctionnement s’avère beaucoup plus nuancé que ce que l’on pensait jusqu’à présent.

Stephen PORGES , chercheur et professeur reconnu dans le monde des neurosciences, créateur de la Théorie Polyvagale, a prouvé que le fonctionnement du système nerveux mobilisait non pas deux mais trois voies afférentes au SNA pour permettre au corps de maintenir ce délicat équilibre qu’est l’homéostasie.

Il a ainsi démontré que le système nerveux s’était câblé phylogénétiquement.

De ce fait, la branche parasympathique est en réalité scindée en deux voies distinctes en fonction de la zone où le nerf vague prend source avec, pour conséquence, un fonctionnement et des répercussions bien spécifiques sur le corps.


Pour résumer : notre système nerveux s’appuie sur 3 voies pour maintenir l’homéostasie et se défendre face aux menaces et dangers (externes ou internes) :

  • La branche Ventrale du Nerf Vague correspondant au système nerveux parasympathique Ventral (SNP Ventral)
  • La branche Dorsale du Nerf Vague correspondant au système nerveux parasympathique Dorsal (SNP Dorsal)
  • Le système nerveux sympathique (SNS)

Un résumé du fonctionnement du système nerveux autonome (source: IFS Centre)

Comment le corps conserve la santé ?


Pour que notre corps fonctionne de manière équilibrée et optimale (c’est-à-dire en santé) : c’est la partie ventrale du nerf vague qui doit être active.

En effet, cette partie du système nerveux parasympathique (SNP Ventral) soutient la santé, la croissance et la récupération. C’est grâce à elle que nous pouvons fonctionner de manière adaptée au quotidien (sans oublier l’aide des deux autres voies, fonctionnant en sous couches, de façon totalement équilibrée et bénéfique lors de l’activation du SNP Ventral en tant que branche prioritaire).

Ces deux autres voies lorsqu’elles sont, l’une ou l’autre, mobilisées comme voies principales nous permettent d’échapper au danger et entrent dans le cadre de stratégie de survie. Elles sont faites pour être mobilisées seulement sur une courte durée. Recrutées à moyen ou long terme en tant que voies principales, elles empêchent le corps de fonctionner correctement.

En effet, l’activation du SNS ou du SNP Dorsal inhibent dans le même temps le SNP Ventral, inactivant par la même occasion la capacité du corps de récupérer, se reposer correctement, guérir…  C’est exactement ce qu’il se passe lors d’une maladie chronique.

Lien entre cerveau et maladie chronique


En effet, comme expliqué dans l’article  » Ce que vous devez savoir si vous souffrez d’une maladie chronique – Pourquoi vous ne guérissez pas ? » avec le cas de la réponse cellulaire au danger ne réussissant pas à revenir au cycle de santé, quelquefois l’autorégulation du système nerveux connait des ratés et le système de défense de notre organisme prend le dessus et inhibe la fonction restauratrice du SNP Ventral.

 « Lorsque la CDR est activée de manière chronique, la coordination entre les deux parties du vague est perturbée. Cela a pour effet de désinhiber le SNS et l’axe hypophyso-surrénalien qui domine pendant la maladie » Robert NAVIAUX

Le système ne réussit donc plus à revenir à l’équilibre antérieur à la maladie puisqu’il n’a plus accès au système lui permettant de guérir.

Le cerveau entre ainsi dans un cercle vicieux qui s’auto-entretient, activant sans cesse les systèmes de défense de l’organisme (de manière différenciée en fonction des pathologies et des personnes : SNS et/ou SNP Dorsal) et  inhibant dans le même temps le SNP Ventral.

Pourquoi votre santé se dégrade de plus en plus lors d’une maladie chronique ?


La carte cérébrale ayant tendance à se moduler en fonction de nos activités : plus une configuration neurale est mobilisée, plus elle a tendance à s’activer facilement avec une stimulation moindre. De même, moins on utilise un chemin neural, plus il s’efface au profit d’un autre. C’est le phénomène du « Use It or Lose It ». De ce fait, l’accès au SNP Ventral devient de plus en plus compliqué. Le dysfonctionnement du système nerveux devient en quelque sorte la norme pour le corps qui ne sait plus comment fonctionner autrement.

C’est ainsi l’effet « négatif » de la neuroplasticité : plus on active une configuration cérébrale (même délétère), plus les connexions ont tendance à se renforcer.

Ce dysfonctionnement s’auto-renforce également du fait des modifications physiologiques qu’entraine l’activation continue du système de défense de notre organisme au niveau systémique et organique.

Ces deux mécanismes menant à terme à chroniciser une pathologie et sont illustrés dans les études de Robert NAVIAUX par l’incapacité à débloquer la réponse cellulaire au danger.

La solution ?

Permettre au corps d’accéder de nouveau au SNP Ventral ; cette partie du système nerveux autonome actif lorsque le corps se sent en sécurité et prédominant lors du cycle de santé.

Mais comment y accéder et reréguler en quelque sorte le système nerveux puisque le système nerveux autonome est par nature automatique?

Comment le neuroplasticité peut vous aider à guérir ?


Comme vu dans un précédent article, on peut débloquer temporairement la CDR en inhibant les signaux provenant des tissus et remontant dans le tronc cérébral.

Il existe cependant un autre moyen d’aboutir au même résultat, c’est de désactiver directement la CDR dans le cerveau pour que ce soit lui qui informe les tissus que la menace est passée, et ce par le biais de cascades biochimiques neuroendocriniennes modifiant la chimie corporelle et stoppant à terme la fuite d’ATP extracellulaire.

Pour cela, il faut donner les moyens au cerveau de réaccéder au système nerveux parasympathique ventral (SNP Ventral).

La neuroplasticité peut aider à rééduquer votre cerveau pour lui permettre de se réguler de nouveau de façon adaptée au contexte (c’est-à-dire dans ce cas : finaliser le cycle de guérison et débloquer la CDR).

Comment activer la neuroplasticité pour se soigner ?


Dans un prochain article nommé « Méthodes et protocoles basés sur la neuroplasticité pour guérir des maladies chroniques » (disponible ici), je vous présenterai différentes techniques et protocoles visant à utiliser les capacités neuroplastiques de votre cerveau pour guérir.

Je vous parlerai, entre autres, de différentes méthodes axées sur la modulation du système nerveux (permettant d’éteindre l’activation constante des systèmes de défenses de l’organisme et de remobiliser le système nerveux parasympathique ventral pour recouvrer la santé et activer les capacités d’autoguérison du corps) , de méthodes pour apaiser les douleurs chroniques et même de protocoles ayant permis à des patients de ralentir voir de stopper le processus dégénératif de certaines pathologies.

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Références


Naviaux, R.K. (May 2019). “ Metabolic features  and regulation of the healing cycle —A new model for chronic disease pathogenesis and treatment.” Mitochondrion, (46), 270-297

Naviaux, R. K. (2014). “Metabolic features of the cell danger response.” Mitochondrion, (16), 7-17

Doidge Norman (2010). « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau ». Pocket

Doidge Norman (2017). « Guérir grâce à la neuroplasticité ». Pocket

Porges, Stephen W. (2017). « The pocket Guide to the polyvagal theory – The Transformative Power of Feeling Safe ».The Norton series on interpersonal neurobiology.

Marlien Eric (2018). « Le système nerveux autonome, de la théorie polyvagale au développement psychosomatique- Applications thérapeutiques et ostéopathiques ». Editions Sully


4 réflexions sur “Un nouvel espoir pour soigner les maladies chroniques grâce à la neuroplasticité

    1. Bonjour,
      Oui je tarde un peu pour la mise en ligne de la suite mais l’article est quasi fini.
      Je dois juste encore en documenter un point précis et pour cela je suis entrain de me replonger dans deux trois bouquins histoire de donner des infos fiables :-).
      Du coup, je pense que je le publierai début octobre.
      En tout cas merci beaucoup pour votre retour.

      J'aime

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