Syndrome de fatigue chronique : le mystère enfin résolu ?

Le syndrome de fatigue chronique (autrement nommé Encéphalomyélite Myalgique) est une maladie complexe, chronique et multi systémique.

Connu pour répondre aux critères d’une fatigue persistante durant plus de 6 mois, l’EM/SFC regroupe une cohorte de symptômes extrêmement diversifiés tels :

  • Troubles cognitifs
  • Douleurs musculaires et/ou articulaires
  • Problèmes digestifs
  • Troubles du sommeil
  • Hypotension orthostatique
  • Hypersensibilités sensorielles , chimiques….

Cette pathologie affecte également de manière significative le système immunitaire des patients.

Cependant, le symptôme le plus révélateur de l’EM/SFC est le malaise post-effort qui se traduit par une fatigue et un temps de récupération anormalement élevé après un effort bénin.

Pour faire ressentir à une personne « normale » ce que vivent les patients atteints de cette pathologie, c’est comme si vous deviez continuer vos activités quotidiennes en ayant la grippe et ceci au lendemain d’une soirée trop arrosée.  



Sommaire


MAJ Article (2 Mai 2019) suite à l’étude de Ron DAVIS du 29/04/19



Une maladie passée sous silence  


Pourtant reconnue par l’OMS depuis 1992 parmi les maladies neurologiques, l’EM/SFC souffre en France d’une non reconnaissance patente voir quelquefois d’une négation de la part du monde médical de par l’absence de critères diagnostic décelable biologiquement.

En effet, à ce jour, le seul moyen objectivable de prouver le malaise post-effort subi par les patients nécessite de passer deux tests d’effort à 24 heures de délai pour prouver l’altération des capacités physiologiques de récupération du patient.

Cependant, quasi aucun malade ne passe ce test pour objectiver le diagnostic d’EM/SFC ; le diagnostic restant essentiellement un diagnostic d’exclusion.

Souffrant en France d’une non reconnaissance patente voir même quelquefois d’une négation complète du monde médical, l’EM/SFC est pourtant une maladie fortement débilitante.

Pour les cas les plus sévères, la vie se résume à rester alitée la majorité de la journée. Bon nombre malades sont obligés de rester chez eux au vu de leur faiblesse et de leur incapacité à  effectuer les activités de la vie quotidienne.

Travailler, faire leurs courses, voir même pour certains, prendre soin d’eux même (faire leur ménage, se préparer un repas, se laver) deviennent des taches trop épuisantes.

Aujourd’hui, en France, cette pathologie n’est pas que « mal vue » elle est trop souvent « non vue ». Pour les plus chanceux, leur médecin reconnait la réalité de leur condition mais sans aucun protocole thérapeutique proposé ou avec une procédure délétère pour les malades (reprise de l’exercice, suivi d’une thérapie cognitivo-comportementale…) prouvant ainsi l’incompréhension des mécanismes à l’œuvre dans cette pathologie.

Malheureusement, bon nombre de médecins nient encore la réalité de l’EM/SFC ; le nom « syndrome de fatigue chronique » portant certainement atteinte à la crédibilité de cette pathologie auprès du monde médical.

Au vu de l’absence de signature biologique irréfutable dans les analyses faites sur les patients, ceux-ci doivent même quelquefois subir l’ignorance voir pire des railleries des médecins quand ils annoncent souffrir du « syndrome de fatigue chronique ».

EM/SFC et recherches scientifiques


Face à une pathologie avec une symptomatologie si hétéroclite,  la communauté médicale et scientifique se heurtait jusqu’à présent à une sorte de casse tête chinois.

Malgré des avancées, la compréhension des processus physiologiques en jeu restait, jusqu’à il y a peu, partielle et inefficace pour appréhender l’ensemble des symptomes et limitations vécus par les malades.

Malgré différentes recherches ayant permis de mettre en exergue certains dysfonctionnements et anomalies biologiques, aucune ne permettait d’expliquer la(les) cause(s) et/ou le(s) mécanisme(s) d’actions sous-jacent à cette pathologie.

Les études publiées jusqu’à présent se bornaient à la mise en évidence de certaines anomalies biologiques  mais sans permettre d’en expliquer la cause voir pire sans permettre la réplication des résultats sur des groupes de patients élargis.

Un changement de paradigme fait avancer la recherche 


L’EM/SFC se déclenchant souvent à la suite d’un stress physiologique important qu’il soit de nature infectieux (Epstein barr, grippe, Lyme…), hormonal (grossesse), chirurgical ou vaccinal, la communauté scientifique concentrait ses recherches sur l’identification  d’un dysfonctionnement afférent à un organe ou un système spécifique dans l’organisme.

Et c’est dans ce contexte que le Dr Robert Naviaux a proposé un paradigme de recherche novateur en partant de l’analyse des modifications métaboliques.

Dr Robert NAVIAUX – Professeur à l’Université de Californie de San Diego- Chercheur sur les maladies métaboliques et mitochondriales – Membre de l’OMF

 Ayant déjà travaillé sur des pathologies telles que l’autisme, la dépression, le SPT.. .; le Dr Naviaux s’intéresse aux maladies chroniques avec un point de vue innovant puisqu’il aborde ses recherches sous l’angle des modifications des métabolites (les métabolites étant des sous-produits de la fonction cellulaire).

Mesurer les métabolites revient à avoir un aperçu relativement complet de la physiologie des cellules du patient.  

En adoptant ainsi une vision globale de la physiologie des patients EM/SFC, Naviaux a ainsi changé de paradigme par rapport aux recherches précédemment effectuées puisqu’il a permis d’enfin identifier une signature chimique de la pathologie et surtout proposer une explication du mécanisme sous-jacent à cette pathologie.

Découverte d’une signature biologique de l’EM/SFC


Dans son étude, Naviaux a analysé 612 métabolites provenant de 63 voies métaboliques différentes. Les résultats de cette étude montrent de manière significative que les patients atteints de l’EM/SFC ont des résultats abaissés dans 20 des 63 voies métaboliques testées. Ainsi, 80% des métabolites sont significativement diminués chez les patients EM/SFC par rapport au groupe contrôle.

Fig 1. Diagnostic du SFC
Analyse distinguant les patients atteints de fatigue chronique du groupe contrôle
Graphiques issus de l’article « Metabolic features of chronic fatigue syndrome » – PNAS 2016

Ces résultats ont permis une avancée majeure puisqu’ils objectivent pour la première fois la réalité physiologique de cette pathologie. Ils permettent ainsi d’observer une sorte de « signature chimique » de l’EM/SFC, coupant ainsi court à toutes ambiguïtés quant à la réalité physiologique de la pathologie et le handicap vécu par les patients.

Cette étude laisse espérer une avancée majeure quant à la reconnaissance de cette pathologie puisque s’ouvre ainsi la perspective de pouvoir créer un test diagnostic fiable et non réfutable pour l’EM/SFC .

Une étude de réplication comprenant un plus large panel de patients est d’ailleurs actuellement en cours.

Mais les travaux de Naviaux ne se limitent pas à cette constatation puisqu’il propose également une hypothèse relativement pertinente permettant non seulement la compréhension des anomalies observées mais également des mécanismes sous-jacents de cette pathologie.

L’EM/SFC : Pourquoi tant de fatigue? 

Ce qui se passe réellement dans le corps 


Comme l’écrit Naviaux :

« La signature chimique que nous avons découverte prouve que le SFC est un trouble métabolique objectif qui affecte le métabolisme énergétique mitochondrial, la fonction immunitaire, la fonction gastro-intestinale, le microbiome, le système nerveux autonome, les fonctions neuroendocriniennes et autres.

Ces 7 systèmes sont tous connectés dans un réseau en communication constante. S’il est vrai que vous ne pouvez pas changer l’un de ces 7 systèmes sans produire de changements compensatoires dans les autres, c’est le langage de la chimie et du métabolisme qui les relie tous. »

Jusqu’à présent, des recherches avaient déjà mis en évidence un dysfonctionnement dans les mitochondries menant à l’hypothèse d’une altération spécifique dans une des étapes du cycle de Krebs réduisant ainsi la capacité de la mitochondrie à recréer de l’ATP (molécule clé de l’énergie cellulaire). En axant les recherches en ce sens, on se concentrait jusqu’à présent principalement sur le rôle de production énergétique de la mitochondrie.

Naviaux a, pour sa part, élargi le champ de vision (et de compréhension) en prenant en compte le deuxième rôle des mitochondries : celui d’être en charge de la défense cellulaire.

Comme l’explique Naviaux dans un article paru en 2014 dans la revue Mitochondrion « Metabolic features of the cell danger response » :

« La réponse cellulaire au danger  (CDR ) est la réponse métabolique conservée au cours de l’évolution qui protège les cellules et les hôtes des dommages. Elle est déclenchée par des menaces chimiques, physiques ou biologiques qui dépassent la capacité des cellules à  l’homéostasie ».

Naviaux explicite ainsi les faibles taux retrouvés dans les métabolites des patients EM/SFC comme étant consécutifs à la réponse cellulaire au danger (pour plus de détails sur les modifications induites par la CDR: se référer à cet article)

En effet, celle-ci induit un état d’hypométabolisme similaire à l’état dauer qui correspond à des changements métaboliques mis en place par le corps face à des conditions environnementales extrêmes présentant une menace pour l’intégrité de l’organisme.

En prenant un raccourci, on peut comparer l’état dauer à une sorte de mise en hibernation du corps.

Prenons comme comparaison un ordinateur : c’est comme si l’ordinateur était en surchauffe car on lui demande d’effectuer trop de tâches à la fois. Pour ne pas prendre le risque d’un court circuit qui l’endommagerait de manière irréversible, celui-ci se met de lui-même en  « position de sécurité ». Pour faire cela, il ferme différents programmes et réduit certaines fonctions du système d’exploitation.

De l’extérieur, l’ordinateur semble ne plus du tout fonctionner puisqu’il présente de nombreux bugs et que vous ne pouvez plus vous en servir « normalement » mais en vérité il préserve ainsi son intégrité pour ne pas être définitivement hors service.

Il se passe exactement la même chose dans le corps des patients EM/SFC : le corps se met dans une position de « mise en sécurité » avec la réponse cellulaire du danger (CDR) ; ceci pour ne pas endommager l’organisme le temps que la menace soit passée (peu importe le type de menace : infection, virus, stress, chirurgie, blessure).

Pourquoi l’EM/SFC est chronique : le blocage de la « réponse cellulaire au danger »


Si on reprend le parallèle de l’ordinateur : dès lors que l’ordinateur a refroidi, que l’on a ajouté un peu de mémoire vive ou ôté les programmes non nécessaires qui tournaient en sous-couches,  l’ordinateur sort de sa « mise en sécurité ».

Pour revenir au corps, quand on attrape un virus comme la grippe par exemple, que se passe t-il pour la majorité des gens en bonne santé ? Le corps active la CDR, enclenche son cycle de guérison puis une dizaine de jours plus tard la personne est de nouveau asymptomatique.

 

Et c’est là que Naviaux apporte une perspective tout à fait novatrice aux mécanismes en jeu dans l’EM/SFC puisqu’il propose que bien que la maladie puisse débuter suite à un stress externe impactant l’organisme,  l’ancrage dans la durée de la pathologie est dû non pas à l’activation de la CDR mais à son blocage ce qui empêche le cycle de guérison de s’achever et de revenir à un état d’homéostasie ; donc à un fonctionnement optimal de l’organisme.

Il semblerait que, dans l’EM/SFC (et dans d’autres pathologies chroniques également), cette réponse se trouve bloquée, auto-perpétuant ainsi le cycle de la maladie. Malgré la fin du déclencheur initial, le corps continue à fonctionner comme si un danger ou une menace pesait toujours sur l’intégrité de celui-ci.


Fig. 3. »Chronologie du cycle de guérison »(…) »Les étapes métaboliques du cycle de guérison progressent de manière séquentielle dans le temps. La guérison suit un chemin similaire, quel que soit le mécanisme de la blessure. « 

Issu de l’article « Metabolic features and regulation of the healing cycle  »
Mitochondrion 2018

Un espoir pour les malades


Naviaux a ainsi pu mettre en évidence que les mitochondries ne sont pas défectueuses mais qu’elles fonctionnent seulement au ralenti.

Reste à comprendre ce qui les pousse à fonctionner ainsi. C’est aujourd’hui le principal axe de recherche de Naviaux. Comme il l’indique dans sa dernière publication l’état dauer dans le cadre du modèle animal est totalement réversible.

« Il y a un espoir qu’en étudiant les molécules qui contrôlent le phénotype dauer, de nouveaux traitements pourront être découverts de façon rationnelle pour aider à stimuler la sortie de cet état et commencer le processus de guérison».

Il note qu’il faudrait « recadrer la pathogénèse des maladies chroniques (…) en tant que problème systémique préservant la maladie, plutôt que de se concentrer sur les déclencheurs distants à l’origine de la lésion initiale ».

Essayer d’intervenir sur le problème initial et/ou de régler les symptômes sans tenir compte de l’aspect systémique de la maladie est donc complètement inefficace et ne peut être qu’une solution temporaire qui n’amènera pas à une guérison durable.

Finissons sur cette note d’espoir dans son dernier article :

« Quand une maladie chronique apparait à cause d’un changement de fonctionnement associé à un blocage de la CDR et non un changement dans la structure ou une perte des cellules, cette maladie est théoriquement réversible, c’est-à-dire, curable. Quand le cycle de guérison est débloquée, une guérison complète est possible. »

Aujourd’hui Naviaux et d’autres chercheurs  du centre de recherche collaboratif EM/SFC de l’Université de Stanford fondé fin 2017 travaillent, entre autres, sur l’identification du processus amenant au blocage de la CDR.

C

MAJ Article (2 Mai 2019): Etude de Ron DAVIS du 29/04/19

Enfin un test diagnostic fiable?


Ron Davis est un chercheur relativement connu de l’université de Stanford. Son fils étant atteint d’une forme extrêmement grave de l’EM/SFC, il œuvre sans relâche pour faire avancer la recherche et est devenu l’une des figures emblématiques associée à cette pathologie.

Travaillant en collaboration avec Robert Naviaux au sein de l’OMF, Ron Davis avait émis la même hypothèse selon laquelle la problématique menant à la symptomatologie de l’EM/SFC ne serait pas due à l’infection et/ou au déclencheur initial mais à un autre processus maintenant la maladie.

Il avait d’ailleurs indiqué, lors d’une de ses conférences, qu’en plaçant des cellules de patients sains dans le plasma de personnes souffrant d’EM/SFC, les cellules devenaient dysfonctionnelles ce qui laissait penser à un problème de nature systémique (rejoignant ainsi la théorie de Naviaux).

Ron DAVIS vient de publier les résultats d’une étude qui va surement marquer un tournant dans la compréhension et la reconnaissance de la réalité de l’EM/SFC par la communauté médicale.

En effet, grâce à un petit appareil permettant de détecter les changements dans les signaux électriques, l’équipe de Ron Davis a réussi à identifier, avec un taux de réussite de 100%, les personnes atteintes d’EM/SFC par rapport aux personnes «saines ».

Ce nouveau test se base sur la façon dont les cellules immunitaires d’une personne réagissent face au stress. Les résultats indiquent ainsi une nette augmentation du nombre de signaux électriques pour les patients EM/SFC signifiant une réponse au stress accrue.

Cette étude est révolutionnaire puisque, pour la première fois, on trouve un résultat extrêmement significatif attestant de la réalité biologique de la maladie et corroborant en tous points les travaux de Naviaux.

Guérir du SFC, utopie ou réalité?


Plus largement cela ouvre de nouvelles perspectives de compréhension puisque, même si certains patients réfutent la réalité d’une guérison possible, cela permet d’expliquer comment certains patients ont réussi à guérir de cette maladie grâce à des programmes basés sur la régulation du système nerveux autonome tels que le Gupta, le Lightning Process, le DNRS, le programme ANS Rewire…

Pour précision, rappelons que le système nerveux autonome est en charge de la régulation de l’homéostasie du corps et de l’activation des mécanismes de défense. Même si celui-ci fonctionne de manière totalement autonome et sans besoin de notre conscience, la science a montré que nous pouvons reconfigurer certaines réactions automatiques en créant de nouveau chemins neuraux grâce à la neuroplasticité. Même si ces différents programmes ont chacun élaboré une théorie spécifique, ceux-ci se basent tous sur ce principe.

L’étude de Ron Davis indiquant une suractivité des cellules des patients face à un stresseur et les travaux de Naviaux sur le blocage de la CDR (mécanisme de défense de l’organisme) permettent de mieux entrevoir comment les programmes précédemment évoqués basés sur la régulation du système nerveux autonome et la reprogrammation du système limbique face aux stresseurs internes et externes peuvent permettre à certains de réduire leurs symptômes voir de guérir complètement.

Recherche EM/SFC: la suite c’est quoi?


Reste encore à démontrer que cette réaction mise en avant par Ron Davis est bien spécifique à l’EM/SFC et ne se retrouve pas dans d’autres pathologies chroniques puisque, selon l’hypothèse de Naviaux, les mécanismes sous-tendant la majorité des pathologies chroniques seraient dues au blocage de la CDR.

C’est d’ailleurs la prochaine étape qui a, dès à présent, déjà été évoquée : effectuer le même test avec un groupe de patients atteints de maladies auto-immunes telle que la sclérose en plaque pour voir si les résultats sont bien spécifiques à l’EM/SFC.


Références

Naviaux, R. K. (2014). “Metabolic features of the cell danger response.” Mitochondrion, (16), 7-17

Naviaux, R. K., J. C. Naviaux, K. Li, A. T. Bright, W. A. Alaynick, L. Wang, A. Baxter, N. Nathan, W. Anderson and E. Gordon (2016). “Metabolic features of chronic fatigue syndrome.” PNAS

Naviaux, R.K. (May 2019). “ Metabolic features  and regulation of the healing cycle —A new model for chronic disease pathogenesis and treatment.” Mitochondrion, (46), 270-297

Esfandyarpour , A. Kashi , M. Nemat-Gorgani , J. Wilhelmy et RW Davis (2019). « A nanoelectronics-blood-based diagnostic biomarker for myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome (ME/CFS) ». PNAS



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